La Certification, Un Outil Pour Assurer la Production de Cacao de Demain

19 novembre 2012

Face à l'explosion de la demande, l'industrie du cacao fait face à une crise d'approvisionnement cruciale. La production de fèves a atteint 4 millions de tonnes environ en 2011 pour une demande équivalente, en hausse régulière de 3% au plan mondial et en plein boum en Asie : +25% en moyenne chaque année depuis 20 ans au Japon et +30% en Chine et +20% en Inde, où elle est plus récente. L'Afrique de l'Ouest assure les deux tiers de la production mondiale, Côte d'Ivoire et Ghana en tête (avec respectivement 40% et 20% des approvisionnements), devant l'Amérique latine (16%) et l'Asie (dont l'Indonésie, 3e mondial) et l'Océanie (13%). Dans 95% des cas, il s'agit d'exploitations familiales de 1 à 3 ha.

Le marché du cacao est en forte expansion mais les producteurs de cacao ont une productivité généralement faible et à bas revenu. La terre étant une ressource limitée et les jeunes souhaitant vivre mieux que leurs parents, alors la question est de savoir d’où proviendra le cacao que le monde entier veut consommer dans les prochaines décennies ? Les cacaoyers vieillissent et les planteurs avec : l'âge moyen des producteurs est de 50 ans, sans que les jeunes générations soient tentées de s'installer à leur tour.

"Les grands groupes ont peur de voir les plantations péricliter si elles ne sont pas gérées de manière durable", note Edward Millard, directeur Paysages Durables en charge du cacao chez Rainforest Alliance.

Comment encourager la relève ?

Par une certification qui rassure les consommateurs et convainc du même coup les industriels. La certification est un processus par lequel une organisation indépendante délivre un certificat à un producteur ou groupement de producteurs qui valide leur conformité avec un ensemble de critères décrits dans la norme. Dans le cas de Rainforest Alliance, la norme Agriculture Durable (www.sanstandards.org) se concentre sur la façon dont l'agriculteur gère les terres et sur les conditions de travail du fermier et des ouvriers. Une ferme vérifiée Rainforest Alliance est conforme aux meilleures pratiques sociales, environnementales et agronomiques qui ont fait l’objet d’une large consultation publique au préalable et qui sont également définies par les meilleures données scientifiques disponibles. La norme est assujettie à un processus d’amélioration continue, à l'interprétation locale de nos connaissances et à l’évolution de notre compréhension des questions.

Une grande part de la production est vendue comme cacao certifié à un prix premium. Les agriculteurs s'attendent à être payé plus pour leur production certifiée en raison des efforts qu'ils ont réalisés pour obtenir la certification. Mais les gains réels ne se situent pas au niveau du marché, ils sont au niveau de la ferme. Une enquête indépendante (COSA) publiée en 2012 constate que les fermes certifiées Rainforest Alliance en Côte d'Ivoire ont enregistré une productivité moyenne de plus de 70%, à 576 kg contre 334 kg pour un groupe témoin de fermes non certifiées.

L'amélioration des résultats de l'agriculteur ne dépend pas d'un marché de niche, ils viennent directement de la gestion des exploitations agricoles. Soutenir et accroître encore ces réalisations de développement durable sécuriseront les approvisionnements de cacao dont le monde a besoin et propose un moyen de subsistance concurrentiel pour la prochaine génération de producteurs de cacao. Les marques continueront d'utiliser les labels sur leurs emballages, mais la plus grande attention est, et doit rester, focalisée sur l'agriculteur et la ferme, là où les organismes de certification ont commencé.

Interview de Edward Millard au Salon du Chocolat, à Paris, le 31 octobre 2012 : http://www.courleuxsansfrontieres.com/Edward-Millard-Director-Rainforest-Alliance-Salon-Mondial-du-Chocolat-Paris-Porte-de-Versailles_a520.html