Eric Servat, directeur du programme cacao chez Rainforest Alliance, parle du développement et des défis de notre action dans le cacao durable.

3 décembre 2012

Les Européens comptent pour près de la moitié des consommateurs de chocolat dans le monde, selon l'Organisation internationale du cacao ICCO. Le consommateur moyen suisse ou allemand consomme environ 11 kg de chocolat par an - soit l'équivalent de 189 barres Mars par personne et par an. La plupart du cacao contenu dans ce chocolat provient probablement en partie de Côte d'Ivoire, le premier producteur mondial de cacao. Et le cacao ivoirien est susceptible de provenir de plus en plus de plantations certifiées Rainforest Alliance.

La certification Rainforest Alliance a connu un essor phénoménal en Côte d'Ivoire depuis que de grandes entreprises comme Mars, Unilever, Mondeleez (nouveau nom de Kraft), Hershey et des transformateurs comme Barry Callebaut, premier fabricant mondial de chocolat, se sont engagés à s'approvisionner en cacao issu de plantations certifiées. Soixante quinze mille exploitations agricoles ivoiriennes représentant plus de 500 000 hectares ont obtenu la certification Rainforest Alliance au cours des six dernières années. Lors de mes fréquentes et nombreuses visites dans le pays, j'ai pu observer une réelle différence dans la vie de ces agriculteurs et de leurs familles. Mais quelle est donc le moteur de ce soudain développement ?

cocoa

Il y a plus d'un million de producteurs de cacao en Côte d'Ivoire, la grande majorité d'entre eux sont de petits exploitants, et plus de trois millions de personnes dépendent du secteur du cacao. Malheureusement la Côte d'Ivoire a longtemps subi la volatilité des prix, les petits producteurs ont de faibles revenus et le travail des enfants est un phénomène persistant. Les prix payés aux producteurs restent bas et les bas salaires des planteurs ont été souvent cités comme des facteurs importants dans l’instabilité politique et la guerre civile de la Côte d'Ivoire au cours de ces onze dernières années. Aux états-Unis «The Nation» a publié en 2011, «la raison fondamentale qui expliquerait que des combats éclatent à nouveau [en Côte d'Ivoire réside] profondément en un ordre économique international injuste pour ceux qui produisent nos matières premières à un salaire de misère et qui laisse les nations souffrir de maladies chroniques comme le chômage et la pauvreté, avec des populations qui se battent entre elles pour des ressources rares ».

La chaîne de production du cacao en Côte d'Ivoire est également sous pression à long terme car elle doit faire face aux ravageurs, aux champignons, à la baisse de fertilité des sols, et de plus en plus, au changement climatique et à la sécheresse. Alors que la demande en cacao augmente régulièrement (on enregistre une augmentation de +3% par an au cours du siècle dernier), que les rendements et les revenus des producteurs (de moins en moins jeunes) restent faibles, on se préoccupe aujourd’hui de savoir qui va produire le cacao de demain.

On reconnaît désormais que les revenus des cultivateurs de cacao et leurs rendements devront augmenter considérablement pour assurer un avenir durable à la jeunesse locale et à l'industrie du cacao ivoirien en général. La certification est considérée comme faisant partie de la solution par les planteurs de cacao, les négociants et les fabricants de chocolat ainsi que les ONG, tous soucieux de moderniser le secteur. L'industrie n'a pas d'avenir si les agriculteurs de demain abandonnent la ferme familiale et migrent vers la ville à cause de la pauvreté, du manque d’infrastructure, ou s’il n'y pas de récoltes de quantité et qualité suffisantes. Ni l'industrie ni les gouvernements n’acceptent le travail illégal des enfants dans la chaîne d'approvisionnement. Cette situation est totalement intolérable aujourd'hui.

La voie à suivre, à l‘instar de la certification, consiste à former les agriculteurs à des techniques de gestion agricole améliorée et durable et à augmenter leur productivité, en leur donnant accès au crédit et à des sources de financement. En Côte d'Ivoire et partout dans le monde, la certification Rainforest Alliance repose sur la bonne gestion des sols, des cultures durables, la lutte contre les ravageurs, la bonne gestion de l'eau et de l'énergie pour réduire les coûts et augmenter les rendements, sans déforester ou recourir à des techniques dommageables comme le défrichage sur brûlis et l’utilisation d’intrants chimiques à forte dose, etc. Aujourd'hui, plus d'un demi-million de plantations certifiées Rainforest Alliance protègent les forêts, tout en augmentant les rendements et en améliorant les conditions de vie des producteurs et des ouvriers agricoles dans le secteur du cacao, du café et du thé.

La scolarité des enfants en Côte d'Ivoire

Une étude indépendante menée par le Comité d'évaluation sur la durabilité (COSA) sur l'impact de la certification Rainforest Alliance dans la culture du cacao en Côte d'Ivoire a révélé que, après l'adoption de techniques durables et l’obtention de la certification, les plantations ont augmenté leurs rendements de 58 pour cent, et leur revenu net était près de quatre fois plus élevé que celui des plantations non certifiées. L'étude a également révélé que la certification apporte des bénéfices environnementaux tels que la conservation des sols et de l'eau et des bénéfices sociaux tel qu’un niveau de scolarité plus élevé des enfants. Par exemple, les fermes certifiées, où les adolescents sont autorisés à participer au travail de la ferme familiale (en vertu de règles bien définies avec les autorités locales), plus de 50 pour cent avaient atteint le niveau scolaire requis pour leur âge - (et l’on poursuit l’objectif d’atteindre les 100 pour cent) - par rapport à seulement 13 pour cent des enfants dans les fermes non certifiées.

D’importants problèmes dans le secteur du cacao en Côte d'Ivoire sont profondément ancrés - les prix du cacao et les rendements restent généralement faibles, les exploitations sont vulnérables, le travail des enfants et d'autres abus ne sont pas rares, l'offre de cacao pour répondre à la demande future n'est pas assurée. Les agriculteurs et ceux qui en dépendent sont encore trop fragiles et il existe une compétition pour cette ressource devenant plus rare. Mais la certification attestant d’un développement durable s’avère être un outil efficace pour augmenter les rendements tout en multipliant les revenus des planteurs, et en développant des méthodes durables dans des exploitations agricoles toujours plus nombreuses : nous favorisons ensemble des moyens de subsistance durables.

Au niveau mondial, nous faisons face à une demande alimentaire croissante, la population se dirige vers dix milliards d'ici le milieu du siècle et les classes moyennes des pays émergents consacrent un budget plus important aux produits alimentaires comme la viande. Pour répondre à ces enjeux, le système alimentaire mondial doit faire ce que la Côte d'Ivoire est en train de faire, à savoir : augmenter les rendements sur les terres agricoles existantes, sans déforester et sans dégrader davantage les terres ni aggraver le changement climatique et la perte de biodiversité. La certification Rainforest Alliance apporte un certain nombre de solutions tangibles qui montrent que le changement est possible, et attestent qu’il est déjà en cours, grâce à l'adoption de plans environnementaux et sociaux pour des pratiques agricoles durables.