Une grande année pour la certification

1 mai 2013

Il est rare qu'une organisation procède à son introspection et se demande : " suis-je à la hauteur ? ". C'est précisément ce que le Réseau d'Agriculture Durable (SAN - Sustainable Agriculture Network) est en train de faire en examinant les normes de son cahier des charges auxquelles doivent répondre les exploitations agricoles pour obtenir la certification Rainforest Alliance. Oliver Bach, directeur des normes et des politiques du SAN, nous explique en quoi c'est une grande année pour la certification et quelles sont les problématiques à traiter.

Les normes du SAN et les principes de l'agriculture durable ont été développés en Amérique latine en 1993. En 1994, les premières certifications ont eu lieu dans les bananeraies. Depuis lors, plus de 600 groupements de producteurs et 800 000 exploitations couvrant plus de 2,6 millions d'hectares dans 43 pays en Afrique, en Asie et en Amérique latine ont été certifiés. Les normes SAN sont adaptées aux conditions locales. Un processus de multiples parties-prenantes locales conduit à la publication et à la mise en œuvre de lignes directrices d'interprétation locales pour des cultures et des pays spécifiques.

L'un des points forts de la norme SAN consiste en sa démarche de progrès continu qui se base sur des preuves réelles couplées à l'examen des normes par une large consultation et discussion des parties prenantes. Ainsi nous sommes sûrs que les normes sont à la fois innovantes et capables d'intégrer les dernières réflexions, concernant notamment certains problèmes difficiles en agriculture durable.

La dernière mise à jour de notre cahier des charges a été publiée en 2010, et nous avions alors apporté des modifications et publié des éléments supplémentaires comme par exemple une norme pour l'élevage bovin et une norme pour la certification de groupe. Aujourd'hui le moment est venu de jeter un regard en profondeur sur l'ensemble de nos normes, de les réviser, de les renouveler et de veiller à ce qu'elles intègrent les dernières connaissances et les derniers enseignements en matière d'agriculture durable. 2013 est donc une grande année pour le SAN, Rainforest Alliance et la certification.

À partir d'avril (et à partir de juin en Europe), nous organisons un processus de consultation publique portant sur chacune des trois normes : la norme d'agriculture durable, la norme pour l'élevage bovin et la norme pour la certification de groupe. Ces trois normes seront examinées ensemble selon le processus de notre politique de certification et des indicateurs de conformité, applicables à tous les types de cultures et à l'élevage bovin dans tous les pays. Ce processus aboutira à un nouveau cahier des charges qui sera publié en 2014. Il s'appliquera obligatoirement à tous les audits qui seront effectués dans un an, même pour les exploitations agricoles déjà certifiées qui souhaitent promouvoir leurs productions avec le label Rainforest Alliance.

L'une des priorités du SAN est d'adapter encore davantage la norme pour l'agriculture durable aux petits producteurs et aux éleveurs bovins. Notre premier projet est maintenant ouvert à la consultation publique. Le processus de consultation comprend des ateliers dans le monde entier, avec de nombreuses parties prenantes locales, afin d'obtenir la vision la plus large possible et de prendre en compte le maximum de sources d'observation sur ce premier projet. En outre, les intervenants du SAN pourront présenter des commentaires en ligne à "SAN Public Consultations".

Un revenu de subsistance

La beauté de ce processus, et aussi le défi, c'est qu'il nous permet d'aborder un certain nombre de questions difficiles ayant surgi depuis la dernière publication de notre cahier des charges en 2010. L'une d'elles concerne la question d'un salaire décent.

Le SAN cherche à établir une norme de revenu de subsistance permettant d'équilibrer d’une part, les revenus et la pérennité des exploitations et de l’autre, la qualité de vie des travailleurs et de leurs familles.

Le plan de progression du "SAN Living Wage" couvrira huit besoins essentiels qui reposent sur le critère déjà obligatoire du paiement du salaire minimum défini localement. En plus des critères définis dans la norme publiée en 2010 (accès à l'eau potable, à l'éducation, à la santé et à un logement décent), le Comité International de la Norme SAN (SAN International Standards Committee) propose qu'un revenu de subsistance soit calculé pour couvrir les coûts des travailleurs et de leurs familles incluant le transport pour aller au travail, l'habillement, la nourriture et une épargne pour faire face aux situations d'urgence, y compris le chômage et les catastrophes naturelles. Nous proposons que toutes les exploitations certifiées Rainforest Alliance atteignent le critère du "Living Wage Progression" dans la période des 5 ans à venir.

L'un de nos plus grands défis tient au manque d’approche concertée au niveau international dans la façon de travailler sur le concept d'un revenu de subsistance pour chaque pays et dans chaque situation. Au cours de l'année 2013, différentes méthodes de calcul seront examinées et recommandées pour soutenir la mise en œuvre et l'audit au niveau local du "Living Wage Progression" développé par le SAN. Le SAN développera également des indicateurs de conformité de cette progression afin que l'on puisse calibrer de manière égale les valeurs locales du revenu de subsistance dans tous les pays. Le SAN continuera de s'appuyer sur un processus d'élaboration de lignes directrices d'interprétation locales, impliquant la participation de multiples parties prenantes et des exploitations agricoles locales. Notre objectif est qu'à l'avenir, la certification garantisse vraiment un salaire de subsistance digne de ce nom aux travailleurs agricoles.