La certification en agriculture durable améliore considérablement l'accès au crédit des petits producteurs selon une nouvelle étude

8 octobre 2013

Les petits producteurs souffrent d'un manque d'accès au crédit, mais la certification en agriculture durable peut aider à changer cette situation selon une récente étude publiée par Rainforest Alliance et financée par la Citi Foundation.

Afin de mieux comprendre les difficultés des petits producteurs concernant la gestion financière et l'accès au crédit et pour mieux informer les services d'assistance technique, l'étude intitulée «Bancabilité» des agriculteurs et financement durable : Les indicateurs financiers qui comptent, a mené des enquêtes approfondies sur 110 petites exploitations de café et de cacao en Colombie et au Pérou, dont 63 sont certifiées Rainforest Alliance. Dans cette étude, des organisations internationales et locales spécialisées en financement social et évaluation des indicateurs financiers ainsi que des organismes financiers de chacun des pays ont été également consultés pour leur retour d’expérience sur les financements accordés aux agriculteurs.

On estime qu'il y a près de 500 millions de petites exploitations agricoles dans le monde, représentant plus de 2 milliards de personnes qui en dépendent pour leur subsistance. Elles ont communément une superficie de moins de 2 hectares et constituent souvent l'épine dorsale de l'économie locale. Pourtant, la plupart fonctionnent bien en deçà de leur potentiel car elles manquent de moyens financiers pour acheter de meilleures semences, des engrais naturels, divers matériels et des technologies. Elles ont besoin de capitaux et de crédits pour effectuer les investissements nécessaires afin d’améliorer leurs rendements et leurs profits et aussi pour adopter des pratiques agricoles durables, ainsi que pour sortir de la volatilité des prix. Mais de nombreux petits exploitants agricoles ont souvent une gestion de leurs finances insuffisante et ils ne parviennent pas à donner aux banques les données comptables permettant d’évaluer leur solvabilité, ce qui limite leur accès au crédit.

Cette nouvelle étude montre que la certification en agriculture durable et l'assistance technique ont un rôle important à jouer pour permettre aux petits exploitants d’avoir accès au crédit et ainsi pouvoir prospérer. L’obtention de la certification implique souvent une formation sur la tenue comptable de dossiers et une surveillance annuelle obligatoire. Les exploitations certifiées effectuent un suivi nettement plus important des principaux indicateurs financiers que les exploitations non certifiées, et les chercheurs de l’étude ont constaté qu’on leur attribuait des prêts supérieurs et plus fréquents.

Un meilleur accès au crédit, associé à de meilleurs débouchés commerciaux ainsi qu’à l’amélioration des compétences sur les plans comptable, agronomique et organisationnel, aide les agriculteurs certifiés à maintenir et améliorer leurs conditions de vie sur le long terme.

Les petits producteurs enregistrent généralement des informations relatives à la production agricole, aux volumes et aux prix de vente, mais l'étude montre qu'ils peuvent améliorer considérablement leur accès au crédit en recueillant davantage de données sur les coûts de production, les recettes et les livraisons. Quatre-vingt dix pour cent des producteurs certifiés interrogés effectuent un suivi à la fois des gains et des coûts de leur exploitation contre seulement trente pour cent des producteurs non certifiés. Les chercheurs de l’étude ont constaté que les producteurs certifiés étaient mieux préparés que les producteurs non certifiés à remplir par eux-même des demandes de crédit. La valeur moyenne des prêts accordés aux producteurs certifiés est de 5 562 dollars EU, comparativement à 3 311 dollars EU pour les producteurs non certifiés. Les producteurs certifiés ont reçu 1,36 prêts par an en moyenne, contre 0,66 pour ceux non certifiés. Les producteurs certifiés interrogés ont donc reçu en moyenne près de 3,5 fois plus d’emprunts que ceux attribués aux producteurs non certifiés.

«Les enjeux économiques et environnementaux de l'élargissement à l' accès au crédit des exploitations agricoles sont importants», a déclaré Michelle Buckles, directrice du programme Financement Durable chez Rainforest Alliance . "Le secteur de l' agriculture a besoin de capitaux pour apporter des améliorations en matière de développement durable et pour augmenter les revenus des agriculteurs ; des millions de petits exploitants ont besoin de prêts."

La demande d’emprunts de 250 millions de petits producteurs sur le plan mondial est estimée à près de 500 milliards de dollars EU, mais moins de 400 millions de dollars EU ont été décaissés par les prêteurs sociaux en 2011, selon une étude de Dalberg Development Advisors. En Colombie, l'agriculture représente 10%-14% du PIB et 40% des exportations, mais ce secteur reçoit moins de 4% des prêts au niveau national. Au Pérou, l'agriculture représente 6,4% du PIB et 7% des exportations, mais ce secteur ne reçoit que 3% des prêts.

«La croissance de l'agriculture certifiée a le potentiel d'améliorer l'accès au crédit des petits exploitants agricoles de façon spectaculaire», a déclaré Tensie Whelan, présidente de Rainforest Alliance. «Les fermes certifiées durables ont de profondes répercussions environnementales et sociales positives. Mais nous devons aussi reconnaître leur impact sur le plan économique. Quand elles peuvent accéder au crédit, les petites exploitations peuvent être plus rentables et productives et alors avoir un impact significatif sur les économies nationales.»

Pour élargir l'accès au crédit des petits producteurs, l'étude recommande que les organismes de certification, les institutions financières et les organismes d’évaluation des indicateurs financiers ajustent et standardisent leurs indicateurs, les demandes de prêt et les profils de producteurs, en définissant 25 indicateurs clés jugés comme les plus importants pour une demande d’emprunt.

Rainforest Alliance et ses partenaires fournissent une assistance technique aux agriculteurs et aux groupes de producteurs en Colombie et au Pérou. L’étude nous recommande de concevoir des programmes de formation destinés aux producteurs sur la tenue des dossiers comptables réclamés par les prêteurs, ainsi que des programmes de niveau intermédiaire pour améliorer les pratiques des producteurs qui effectuent déjà une comptabilité minimum. L’étude recommande également que les petites et moyennes entreprises et les coopératives suivent une formation complémentaire en gestion financière, crédit et analyse des principaux indicateurs financiers afin d'améliorer leur capacité de prêteurs auprès des petits exploitants agricoles.

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